Conférence d'ouverture

"Sciences du langage et ontologie"

Sylvain Auroux
Directeur de recherches, CNRS, UMR 7597 "Histoire des théories linguistiques", Université Paris Diderot.

Sylvain Auroux, né en 1947, Directeur de recherche au CNRS (Laboratoire d’Histoire des Théories linguistiques, Université Paris 7), est spécialiste de philosophie du langage et d’histoire des sciences. Il a rédigé de nombreux ouvrages et articles sur le sujet. Il a dirigé l’Histoire des Idées linguistiques (Liège, Mardaga, 3 vols, 1989-2000) et le Dictionnaire des Notions philosophiques (Paris, PUF, 2 vols, 1990). Dernier livre paru : La philosophie du langage, Paris PUF, 2009.

Sciences du langage et ontologie

Une ontologie est l’ensemble des hypothèses sur l’aménagement dernier du monde, autrement dit sur ce qui existe en dernier recours. Toute science est concernée par des hypothèses ontologiques. La linguistique l’est de deux façons. D’abord par ce qu’impliquent ontologiquement ses catégories. Est-ce qu’un « nom » cela existe et où ? Nous rappellerons les faiblesses de l’hypothèse substantialiste chomskyenne qui soutient l’identité entre la structure des échanges langagiers, leur représentation mentale et leur théorie. Le second point concerne l’objet lui-même, le langage, ou plutôt les langues. Dans chaque vocabulaire, il y a quelque chose comme une nomenclature (qui n’a pas nécessairement la même structure qu’une « nomenclature scientifique »), dans chaque construction syntaxique il y a une façon de rendre compte de l’organisation du monde, comme, par exemple, dans la structure prédicative des langues indo-européennes et l’opposition nom vs verbe. Doit-on admettre que c’est la structure du monde qui se reflète dans les langues, mais alors pourquoi la diversité ? Peut-on distinguer ce que notre représentation doit au monde et ce qu’elle doit à nos langues ou doit-on admettre qu’il n’y a pas de solution de continuité entre le monde et le langage ? La diversité des langues plaide-t-elle en faveur du relativisme ontologique ?