Conférence d'ouverture

Conférencier : François Jullien

Titre : "Cette étrange chose que l'ontologie"

Résumé

L'ontologie s'est développée à partir du verbe "être" selon lequel se sont pliées la langue et la pensée grecques ; elle a servi de base à la constitution de la science comme savoir de l'essence et de l'identité, de la détermination et de la causalité.
Or la pensée moderne s'est rendu compte qu'il s'agissait d'un choix singulier, inventif, dont il fallait sonder le parti-pris pour essayer une éventuelle sortie hors de l'ontologie. Nietzsche lui a substitué le "jeu du monde", /Weltspiel/, ou Derrida la /différance/.
Mais comment sortir de la pensée de l'Être tout en restant dans la langue de l' "être" ? Une façon d'échapper à cette difficulté sera de passer par une langue-pensée comme la chinoise qui est elle-même passée à côté de l'"être" et donc de la possibilité de l'ontologie. Mais alors comment s'est constitué son savoir ?

Lecture conseillée : Postface

(extrait de De l'être au vivre, publié par Gallimard en 2015)

L'auteur

François Jullien, Professeur à l'Université Paris-Diderot

Titulaire de la Chaire sur l'altérité au Collège d’études mondiales de la Fondation de la maison des sciences de l'homme

François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue, a déployé son travail à partir des pensées de la Chine et de l’Europe. Il en a tiré, plutôt qu’une comparaison, une nouvelle problématisation qui, déconstruisant du dehors les partis-pris de l’ontologie européenne, permette de reconsidérer, d’un autre biais, les champs de la stratégie, de l’éthique ou de l’esthétique.

Cette réflexion interculturelle l’a conduit à reposer la question de l’universel en l’affranchissant tant de l’universalisme facile (ethnocentrique) que du relativisme paresseux (culturaliste) ; ainsi que d’un dia-logue des cultures envisagées, non plus du point de vue de leur fantasmatique identité, mais des ressources que leurs écarts font apparaître pour la promotion du commun.

Il en a dégagé, du même coup, une philosophie qui, se déplaçant de la pensée de l’Être à la pensée de l’Autre, tente de déjouer, dans son écriture conceptuelle, la prise identitaire du concept occultant la vie ; et, par là, de développer une philosophie de l’existence en tant que promotion de ressources.